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CHARLES COYPEAU D’ASSOUCY

contre

SAVINIEN DE CYRANO DE BERGERAC

combat arbitré par

CLAUDE EMMANUEL LHUILLIER, dit CHAPELLE

Le premier fut celui qui initia le second au libertinage qui fut plus qu’autre chose gay et donc joyeux et callipyge. Jusqu’au jour où le plus vieux trouva le plus jeune un peu lassant d’embrouille et d’instabilité, quand ce n’était pas de l’esbroufe ou de la simple incongruité.

Le second écrit une pièce d’ouverture « Au sot lecteur et non au sage » de la version burlesque, entendez ouvertement érotique et légèrement pornographique, du Jugement de Pâris du premier. Cette ouverture n’a ni queue ni tête, tout comme certains visages de déesse sont sans nez alors que d’autres sont avec nez, les visages qui nez n’ont contre les visages qui nez ont. Pas de surprise car les deux étaient tête bêche, bref jouant 69 ou 96 selon les heures du jour ou de la nuit

Il faut dire que ce D’Assoucy à une fixation callipyge aussi profonde qu’un gouffre sombre der Padirac et aussi rebondie qu’un ballon de rugby à 15 (6+9 ou 9+6), deux en fait, de part et d’autre de l’échancrure clivée de la descente chevauchée que le premier entreprend dans le l’anfractuosité fessière que notre Savinien se doit d’encaisser au plus profond de sa brèche d’amour.

Cela n’est pas pour déplaire à ce Savinien qui de par son nom pratique régulièrement l’ankylose agenouillée ciranale de son ampoule de lumière noire. Mais c’est trop dire et subir, faire et déplaire, et le D’Assoucy explose un jour de son chapeau ou de sa perruque, et puisqu’il ne peut plus embrocher le Savinien, il peut toujours l’em-Briocher d’un singe savant que notre Savinien va trucider comme un vulgaire manant.

Et ne lui parlez pas des Précieuses de Montpellier car il leur doit une fière aventure entre un tribunal nécessairement croupion puisqu’il s’agit de plaisir callipyge que ces précieuses considèrent comme immoral et méritant le feu, le fagot, la grillade, et pourquoi pas la rissolade dans un bain d’huile de friture chauffée à blanc.

C’est alors que le troisième luron de la foire de Saint Esbroufe intervient, le Chapelle qui n’a de la chapelle que la surface d’un surnom et aucune des qualités requises pour une quelconque canonisation, il est vrai à la bombarde de l’aine ou bien au jet de Saint Vit, un Sicilien fêté le 15 juin (6+9 ou 9+6).

Olliergues le 17 novembre 2018

Jacques COULARDEAU

SOMMAIRE

1. JACQUES-PHILIPPE D’ORNEVAL — LE JUGEMENT DE PÂRIS — REPRÉSENTÉ À LA FOIRE DE SAINT LAURENT — 1718 — NE VOUS LAISSEZ PAS AVOIR PAR GOOGLE : CETTE VERSION N’A QUE PEU À VOIR AVEC CELLE DE D’ASSOUCY

2. SECOND THOUGHT AFTER READING THE ORIGINAL VERSION BY DASSOUCY — LE JUGEMENT DE PÂRIS EN VERS BURLESQUE — PARIS 1648 — CREATESPACE INDEPENDENT PUBLISHING PLATFORM (5 MAI 2015)

3. QUELQUES MORCEAUX CHOISIS AUTOUR CHARLES COYPEAU D’ASSOUCY — (1605–1677)

4. AVENTURES BURLESQUES DE DASSOUCY (NOUVELLE EDITION, AVEC PREFACE ET NOTES PAR EMILE COLOMBEY… ASSOUCY, CHARLES COYPEAU D’ (1605–1677). AUTEUR — PARIS ADOLPHE DELAHAYS, LIBRAIRE-EDITEUR, 1858 — EDITION ORIGINALE, 1654–55, LES AVANTURES DE MONSIEUR DASSOUCY.

5. VOYAGES DE CHAPELLE ET DE BACHAUMONT, 1656

6. RECUEIL: LE JUGEMENT DE PARIS EN VERS BURLESQUES (1648)

Au sot lecteur et non au sage, Hercule De Bergerac.

7. RECUEIL: LES METAMORPHOSES D’OVIDE EN VERS BURLESQUES (1650)

Fable VIII — Les Amours d’Apollo et de Daphné

8. DASSOUCY, POETE ET MUSICIEN, EMPEREUR DU BURLESQUE, Jean-Claude Brenac — avril 2005

JACQUES-PHILIPPE D’ORNEVAL — LE JUGEMENT DE PÂRIS — REPRÉSENTÉ À LA FOIRE DE SAINT LAURENT — 1718 — NE VOUS LAISSEZ PAS AVOIR PAR GOOGLE : CETTE VERSION N’A QUE PEU À VOIR AVEC CELLE DE D’ASSOUCY

Junon apporte à Pâris la richesse s’il la choisit. Pallas apporte la gloire guerrière. Vénus apporte simplement l’amour, les amours, les émotions fortes d’un cœur cherchant à satisfaire ses envies de trépidation et de chaleur, d’empathie si vous voulez.

Pâris est un pragmatique et il ne répond pas à la question de celle qui a les charmes les plus attrayants, signifiant la beauté ‘extérieure de ces trois dames. Il ne regarde que ce qu’elles apportent, les présents qu’elles offrent. Et là il est un fou.

Il choisit Vénus car elle apporte les émotions de l’amour, les sentiments et en quelque sorte l’aventure, non pas l’amour tout court et au singulier, mais les amours qui se suivent et ne se ressemblent que dans les bruissements et tremblements du cœur.

Et la conclusion est pragmatiquement opportuniste, abandonnée au sort tel qu’il vient : « Et vogue la galère / Tant qu’elle pourra voguer. » Il n’y a chez ce berger aucune vision de l’avenir, aucune planification de la vie, aucune intention dépassant le plaisir sentimental, et bien sûr charnel.

Voilà donc un programme dans cette France que Richelieu a stabilisée et qui pourtant va sombrer dans la Fronde qui mêle révolte féodale des nobles contre le roi et religion avec la réapparition de la rivalité des catholiques contre les protestants et vice versa. Il est sûr qu’il faut un certain niveau d’insouciance pour trouver divertissant cette petite chose burlesque.

Il est sûr que le seul but est le divertissement et là on entend Blaise Pascal se gausser de ces hommes qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez, et d’ailleurs leur nez ne saurait compétitionner avec celui de Cyrano de Bergerac. Ils ne savent envisager que le vin du soir et l’amour de la nuit et on verra demain s’il y a un jour de plus qui pointe son nez à l’horizon.

Dr. Jacques COULARDEAU

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SECOND THOUGHT AFTER READING THE ORIGINAL VERSION BY DASSOUCY — LE JUGEMENT DE PÂRIS EN VERS BURLESQUE — PARIS 1648 — CREATESPACE INDEPENDENT PUBLISHING PLATFORM (5 MAI 2015)

L’enjeu est de donner une pomme d’or à la plus belle de toutes les déesses. La pré-sélection réduit le choix à trois, « Junon, Pallas et Cypris » (page 21) après avoir été « Minerve, Venus et Junon » (page 19). Le juge sera « le beau Pâris » (page 25), un berger représenté par son bâton de berger qui devient

« Ce que les Rats n’ont pas mangé :

De lézards ma verge enlassée,

(Dit-il) montrant son caducée,

N’est pas un misérable ergot,

Tiré des trippes d’un fagot :

Ains un baston plus honorable,

Plus glorieux et vénérable

Que la férule d’un Régent ;

N’y que la verge d’un Sergent.

C’est le Sceptre, et la riche marque

Dont moy, comme un petit Monarque,

De toute chose vient à bout ;

C’est ma clef, mon passe-par-tout ;

Mon coutelet, ma lancette,

Dont je seigne bource et pochette :

Mon tirebours, et mon crochet,

Dont je prends l’or sans trébucher :

En fin la verge assoupissante,

Dont j’endors valet et servante. » (page 26)

Pensez-donc au Cardinal Mazarin, le régent, le principal membre du conseil de régence de Louis XIV depuis 1643. Le sens sexuel n’est même pas un sous-entendu. Mais les trois déesses ne sont pas bien mieux embouchées.

Junon se lance dans une tirade sur le nez et les deux visages qui sont les siens :

« Bien te montrerois-je autre chose

Plus odorant qu’Œillet ny Roze,

Qu’on appelle entre gens bien nés

La face qui n’a point de nés :

Mais j’ayme mieux que tu contemples,

De crainte de mauvais exemples,

Le beau visage qui nez a,

Que le visage qui nez n’a. » (page 29)

Vénus n’est pas plus subtile et est tout aussi indiscrète et indécente :

« Tu verras si sous fin drapeau

J’ay blanche et délicate peau,

Si je suis propre et bien tirée,

Si j’ay belle toison dorée,

Belle boutique, beau trafic,

Belle Zone et beau Pole Artic :

Après quand ta langue propice,

Ou ta main m’aura fait justice,

N’appréhende point que Cypris

Demeure ingrate au beau Pâris. » (page 34)

Et Pâris peut alors contempler à sa demande unanime les visages qui nez ont comme ceux qui nez n’ont.

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« Mais Vénus les dévergogna

Commençant toute la première

[suit un striptease complet]

Qui fit voir sur peau douillette,

Un certain petit joly cas,

Qu’on dit, mais qu’on n’imprime pas.

Junon, Dame pudique et sage,

Despouilla son cul de menage,

Qu’elle estalla dedans ces lieux

Comme mesnagere des Cieux.

Pour Pallas la fiere pucelle,

Mettant bas, et pique, et rondelle,

Monstra dessous son calleçon

Qu’elle estoit fille et non garçon ; » (page 36–37)

Et ce show de trois déesses détroussées, robes relevées, nues comme des tentatrices séculaires sinon millénaires, causa une perturbation cosmique :

« Le Soleil grimpa sur la Lune,

Dessus Venus Mars et Saturne ;

Sur l’Ourse le rouge Lyon,

Et la Vierge perdit son nom ; » (page 37)

Et le tout se finit avec une orgie de ces trois déesses utilisant Mercure comme il se doit, Pâris cependant restant un peu sur la touche, j’entends sans toucher des doigts mais en touchant des yeux. Et Vénus l’emporta comme il se doit, comme il se devait.

On voit bien que le Dassoucy dépeint par Jean-Marie Besset dans Le Banquet d’Auteuil est tout à fait justifié. Grivois, un peu pervers, voyeur et exhibitionniste, surtout avec les corps des déesses. Et Cyrano de Bergerac dans son prélude « Au Sot Lecteur et Non au Sage » n’y était pas allé avec le dos de la cuillère :

« Vulgaire n’approche pas de cét ouvrage, cet avis au Lecteur est un chassecoquin. » (page 7)

Et vous excuserez les pages 40–57 qui ne sont que des flatteries à la Reyne et divers membres de la haute aristocratie, quémandant quelque faveur mais révélant que ces vers « burlesques » c’est-à-dire largement badins et grivois, disons libertins, ce qui signifie voyeurs et exhibitionnistes, sexuels et pervers, enfin un peu de face et de dos, étaient appréciés par la haute aristocratie qui devait bien y trouver un plaisir, au moins une excitation. Pauvre Cardinal Mazarin.

Dr. Jacques COULARDEAU

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QUELQUES MORCEAUX CHOISIS AUTOUR

CHARLES COYPEAU D’ASSOUCY — (1605–1677)

Charles Coypeau, dit d’Assoucy ou d’Assouci, ou Dassoucy, né le 16 octobre 1605 à Paris où il est mort le 29 octobre 1677, est un écrivain et musicien français.

D’Assoucy était le fils d’un avocat et d’une musicienne qui lui enseigna la musique.
Sa formation musicale achevée, il composa des chansons et joua pour Louis XIII, puis pour Mazarin et Louis XIV.

Il fit jouer sa pastorale Les Amours d’Apollon et de Daphné qui est, quelques années avant les œuvres de son ami de Lully, la première «comédie en musique» française.

Les jolis pages qui chantaient à ses concerts furent également bientôt aussi connus que les « laquais de Boisrobert ». [« Il luy contoit qu”il avoit peur qu’un de ses laquais ne fust pendu. — Voire, luy dit-elle, les laquais de Boisrobert ne sont pas faits pour la potence ; ils n’ont que le feu à craindre. » in EMILE MAGNE, Le plaisant abbé de Boisrobert, fondateur de l’Académie française, 1592–1662. Documents inédits, p. 316]

Il devint prétendument, vers 1640, l’amant de Cyrano de Bergerac qui vivait chez lui et rédigea une préface burlesque, intitulée Au sot lecteur, pour son Jugement de Pâris, 1648.

Cyrano rédigea également une satire intitulée Pour Soucidas, contre un partisan qui avait refusé de lui prêter de l’argent qui prend sa défense contre un financier peu prêteur de son naturel.

En 1653, à la suite de leur rupture, probablement pour une histoire de jalousies amoureuses et aux menaces de mort que lui adressa Cyrano, il fuit prudemment Paris où il ne revint qu’une fois Cyrano mort.
Celui-ci le poursuivit de sa vindicte sur le papier avec sa satire Contre Soucidas où il l’accuse de n’être « qu’un clou aux fesses de la nature » et Contre un ingrat qu’il signe : « Votre Partie, votre Juge, et votre Bourreau ».

Cyrano y dénonce l’athéisme ainsi que les penchants pédérastes de Dassoucy qui lui ont valu d’être chassé de la cour, puis de la société des poètes.
D’Assoucy répliqua avec le Combat de Cyrano de Bergerac avec le singe de Brioché au bout du Pont-Neuf qui raconte sur le mode burlesque comment Cyrano tua le singe d’un bateleur du Pont Neuf.

Souvent emprisonné pour grivèlerie, dettes de jeu ou propos outrageants, d’Assoucy fut arrêté en 1655 à Montpellier où la mise en évidence de ses mœurs faillit le conduire au bûcher : « Les femmes m’appelaient hérétique, non pas en fait de religion mais en fait d’amour » (Aventures burlesques de Dassoucy).

Il fut emprisonné pour sodomie en 1652, 1655 et 1673.

Séduit par la voix de son page Pierrotin, le duc de Mantoue l’enleva à d’Assoucy pour en faire un castrat.

Lorsque d’Assoucy retrouva Pierrotin à la fin de 1667, à Rome, il n’y gagna qu’un procès pour athéisme. Après quinze mois de prison, il sortit au début de 1669 et quitta Rome, muni d’une médaille en or à son effigie offerte par le pape Clément IX.

D’Assoucy raconta ses errances en compagnie de ses deux pages dans les Aventures burlesques de Dassoucy, ouvrage qui était terminé en 1669 mais fut finalement publié, après retouches, seulement en 1677.

L’auteur y répond aux accusations de sodomie formulées par Jean Loret.

Vers 1671, lorsque Molière se brouilla irréparablement avec Lully, qui avait été alors son alter ego musical pour ses pièces, il songea d’abord à d’Assoucy pour le remplacer.

Soit qu’il lui eût parlé, soit que la chose fût arrivée à ses oreilles, d’Assoucy, qui venait juste de rentrer à Paris de retour d’Italie, le sut.

Quand le choix de Molière se porta sur le jeune Marc-Antoine Charpentier (1643–1704), le vieux musicien-poète manifesta à Molière sa colère sous la forme d’une lettre, qui a été publiée et nous est parvenue.

Il y affirme entre autres que Charpentier a eu besoin de lui « dans Rome » (Charpentier était allé étudier la musique auprès de Carissimi) et termine en affirmant à Molière qu’« il s’en faut d’une paire d’échasses que sa musique soit à la hauteur de vos vers ».

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AVENTURES BURLESQUES DE DASSOUCY (NOUVELLE EDITION, AVEC PREFACE ET NOTES PAR EMILE COLOMBEY… ASSOUCY, CHARLES COYPEAU D’ (1605–1677). AUTEUR — PARIS ADOLPHE DELAHAYS, LIBRAIRE-EDITEUR, 1858 — EDITION ORIGINALE, 1654–55, LES AVANTURES DE MONSIEUR DASSOUCY.

Dassoucy entreprend le récit des « avantures » qui ont marqué ses années d’errance à travers la France et l’Italie alors qu’il est encore à Rome et songe à retourner à Paris.

NOTES 1. Une première version des Avantures est déjà écrite au moment de sa condamnation par le tribunal du Saint-Office en mars 1667 puisqu’il attribue à la circulation imprudente de ce texte la cause de son arrestation : « J’estois sur le point de retourner en France et sans me souvenir que je n’estois point à Paris mais que j’estois encore à Rome, moy qui jusqu’à ce temps m’estois tenu clos et couvert, je fus assez simple pour faire voir mes adventures d’Italie à plusieurs personnes de qualité. » Charles Dassoucy, Rimes redoublées, Paris, Nego, 1671, p. 67

Dans ses Avantures, D’Assoucy navigue de formules équivoques en provocations et met les rieurs de son côté. Ainsi, parlant de son ancien ami Chapelle, il écrit :

[…] il me cedoit fort librement la moitié de son lit. C’est pourquoy, après avoir eu de si longue preuve de la qualité de mes desirs et m’avoir bien daigné honnorer plusieurs fois de sa couche, il me semble que c’estoit plutôt à luy à me justifier qu’à Messieurs du Presidial de Montpellier, avec lesquels je n’ay jamais couché. [p. 198–199. Cité par Guy Catusse, « D’un bon usage de l’équivoque : les avantures de Dassoucy ».]

VOYAGES DE CHAPELLE ET DE BACHAUMONT, 1656

ŒUVRES DE CHAPELLE ET DE BACHAUMONT

Voyage en Provence et en Languedoc

VOYAGE DE CHAPELLE ET DE BACHAUMONT

Le lendemain, ayant traversé les Landes de Saint-Hubert et goûté les bons muscats de Loupian, nous vîmes Montpellier se présenter à nous, environné de ces plantades et de ces blanquètes que vous connoissez. Nous y abordâmes à travers mille boules de mail : car on joue là le long des chemins à la chicane. Dans la grande rue des parfumeurs, par où l’on entre d’abord, l’on croit être dans la boutique de Martial20, et cependant,

Bien que de cette belle ville
Viennent les meilleures senteurs,
Son terroir, en muscats fertile,
Ne lui produit jamais de fleurs.

Cette rue si parfumée conduit dans une grande place, où sont les meilleures hôtelleries. Mais nous fûmes bientôt épouvantés

De rencontrer en cette place
Un grand concours de populace.
Chacun y nommoit d’Assouci.
Il sera brûlé, Dieu merci,
Disoit une vieille bagasse.
Dieu veuille qu’autant on en fasse
À tous ceux qui vivent ainsi !

La curiosité de savoir ce que c’étoit nous fit avancer plus avant. Tout le bas étoit plein de peuple, et les fenêtres remplies de personnes de qualité. Nous y connûmes un des principaux de la ville, qui nous fit entrer aussitôt dans le logis. Dans la chambre où il étoit, nous apprîmes qu’effectivement on alloit brûler d’Assouci pour un crime qui est en abomination parmi les femmes. Dans cette même chambre nous trouvâmes grand nombre de dames, qu’on nous dit être les plus polies, les plus qualifiées et les plus spirituelles de la ville, quoique pourtant elles ne fussent ni trop belles, ni trop bien mises. À leurs petites mignardises, leur parler gras et leurs discours extraordinaires, nous crûmes bientôt que c’étoit une assemblée des précieuses de Montpellier. Mais, bien qu’elles fissent de nouveaux efforts à cause de nous, elles ne paroissoient que des précieuses de campagne, et n’imitaient que faiblement les nôtres de Paris. Elles se mirent exprès sur le chapitre des beaux esprits, afin de nous faire voir ce qu’elles valoient par le commerce qu’elles ont avec eux. Il se commença donc une conversation assez plaisante.

Les unes disoient que Ménage
Avoit l’air et l’esprit galant ;
Que Chapelain n’étoit pas sage ;
Que Costar n’étoit pas pédant.

Les autres croyoient Monsieur de Scudéri

Un homme de fort bonne mine,
Vaillant, riche et toujours bien mis,
Sa sœur une beauté divine,
Et Pélisson un Adonis.

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Elles en nommèrent encore une très grande quantité, dont il ne nous souvient plus. Après avoir bien parlé des beaux esprits, il fut question de juger de leurs ouvrages. Dans l’Alaric21 et dans le Moïse22, on ne loua que le jugement et la conduite, et dans la Pucelle rien du tout. Dans Sarrasin, on n’estima que la lettre de M. de Ménage, et la préface de M. Pélisson fut traitée de ridicule. Voiture même passa pour un homme grossier. Quant aux romans, Cassandre23fut estimé pour la délicatesse de la conversation, Cyrus et Clélie24 pour la magnificence de l’expression et la grandeur des événements. Mille autres choses se débitèrent encore plus surprenantes que tout cela. Puis insensiblement la conversation tomba sur d’Assouci25, parcequ’il leur sembla que l’heure de l’exécution approchoit. Une de ces dames prit la parole, et, s’adressant à celle qui nous avoit paru la principale et la maîtresse précieuse :

Ma Bonne, est-ce celui qu’on dit
Avoir autrefois tant écrit,
Même composé quelque chose
En vers sur la Métamorphose26 ?
Il faut donc qu’il soit bel esprit ?

Aussi l’est-il, et l’un des vrais,
Reprit l’autre, et des premiers faits.
Ses lettres lui furent scellées
Dès leurs premières assemblées.
J’ai la liste de ces Messieurs ;
Son nom est en tête des leurs27.

Puis, d’une mine serieuse,
Avec certain air affecté,
Penchant sa tête de côté,
Et de ce ton de précieuse,
Lui dit : Ma chère, en vérité,

C’est dommage que dans Paris
Ces messieurs de l’Académie,
Tous ces messieurs les beaux esprits,
Soient sujets à telle infamie.

L’envie de rire nous prit alors si furieusement, qu’ils nous fallut quitter la chambre et le logis, pour en aller éclater à notre aise dans l’hôtellerie. Nous eûmes toutes les peines du monde à passer dans les rues, à cause de l’affluence du peuple.

Là d’hommes on voyoit fort peu ;
Cent mille femmes animées,
Toutes de colère enflammées,
Accouroient en foule en ce lieu
Avec des torches allumées.

Elles écumoient toutes de rage, et jamais on n’a rien vu de si terrible. Les unes disoient que c’étoit trop peu de le brûler ; les autres, qu’il falloit l’écorcher vif auparavant, et toutes, que, si la justice le leur vouloit livrer, elles inventeroient de nouveaux supplices pour le tourmenter. Enfin,

L’on aurait dit, à voir ainsi
Ces Bacchantes échevelées,
Qu’au moins ce monsieur d’Assouci
Les auroit toutes violées.

Et cependant il ne leur avoit jamais rien fait. Nous gagnâmes avec bien de la peine notre logis, où nous apprîmes, en arrivant, qu’un homme de condition avoit fait sauver ce malheureux, et quelque temps après on vint nous dire que toute la ville étoit en rumeur, que les femmes y faisoient une sédition, et qu’elles avoient déjà déchiré deux ou trois personnes, pour être seulement soupçonnées de connoître d’Assouci. Cela nous fit une très grande frayeur ;

Et, de peur d’être pris aussi
Pour amis du sieur d’Assouci,
Ce fut à nous de faire gille.
Nous fûmes donc assez prudents
Pour quitter d’abord cette ville,
Et cela fut d’assez bon sens.

Nous nous sauvons donc comme des criminels par une porte écartée, et prenons le chemin de Massillargues28, espérant d’y pouvoir arriver avant la nuit. À une demi-lieue de Montpellier, nous rencontrâmes notre d’Assouci avec un petit page assez joli qui le suivoit. En deux mots il nous conta ses disgrâces ; aussi n’avions-nous pas le loisir d’écouter un long discours, ni de le faire. Chacun donc alla de son côté, lui fort vite, quoiqu’à pied, et nous doucement, à cause que nos chevaux étaient fatigués. Nous arrivâmes devant la nuit chez M. de Cauvisson, qui pensa mourir de rire de notre aventure. Il prit le soin, par sa bonne chère et par ses bons lits, de nous faire bientôt oublier ces fatigues. Nous ne pûmes, étant si proche de Nîmes, refuser à notre curiosité de nous détourner pour aller voir

[…]

P. 97–98

Avignon nous avait paru si beau que nous voulûmes y demeurer deux jours pour l’examiner plus à loisir. Le soir, que nous prenions le frais sur le bord du Rhône, par un beau clair de lune, nous rencontrâmes un homme qui se promenoit, qui nous sembla avoir de l’air du sieur d’Assouci. Son manteau, qu’il portoitsur le nez, empêchoit qu’on ne le pût bien voir au visage. Dans cette incertitude, nous prîmes la liberté de l’accoster et de lui demander :

« Est-ce vous, monsieur d’Assouci ? »

« Oui, c’est moi, messieurs ; me voici

N’ayant plus pour tout équipage

Que mes vers, mon luth et mon page.

Vous me voyez sur le pavé

En désordre, malpropre et sale ;

Aussi je me suis esquivé

Sans emporter paquet ni malle ;

Mais enfin, me voilà sauvé,

Car je suis en terre papale. »

Il avoit effectivement avec lui le même page que nous lui avions vu lorsqu’il se sauva de Montpellier, et que l’obscurité nous avoit empêché de pouvoir discerner. Il nous prit envie de savoir au vrai ce que c’étoit que ce petit garçon, et quelle belle qualité l’obligeoit à le mener avec lui ; nous le questionnâmes donc assez malicieusement, lui disant :

« Ce petit garçon qui vous suit

Et qui derrière vous se glisse,

Que sait-il ? En quel exercice,

En quel art l’avez-vous instruit? »

« Il sait tout, dit-il. S’il vous duit,

Il est bien à votre service. »

Nous le remerciâmes lors bien civilement, ainsi que vous eussiez fait, et ne lui répondîmes autre chose

« Qu’adieu, bonsoir et bonne nuit.

De votre page qui vous suit

Et qui derrière vous se glisse,

Et de tout ce qu’il sait aussi,

Grand merci, monsieur d’Assouci ;

D’un si bel offre de service

Monsieur d’Assouci, grand merci. »

Notre lettre finira par ce bel endroit, quoiqu’elle soit écrite de Lyon.

RECUEIL: LE JUGEMENT DE PARIS EN VERS BURLESQUES (1648)

Au sot lecteur et non au sage

Je sçay bien que tu l’attens par dépit de donner la torture à cét ouvrage.

Mais si tu l’as payé au Libraire, on ne te permet pas seulement d’en médire, mais encore de t’en chauffer.

Aussi bien quelque jugement que tu en fasses il est impossible qu’on ne soit vengé de ton ignorance, puis que de le blasmer tu seras estimé stupide, et stupide aussi de le loüer, ne sçachant pas pourquoi.

Encore suis-je certain que tu en jugeras favorablement, de peur qu’on ne croye que cét avis au sot Lecteur n’ait esté fait pour toy, et ce qui est cause que je te berne avec plus d’asseurance, c’est qu’il n’est point en ta bassesse d’en empescher le debit: car quand ce seroit ton Arrest de mort, ou Nostradamus en Syriaque, deux belles grandes images par où sa prudence a sceu debuter, triompheront si bien de ton oeconomie que tu ne seras plus maistre de ta bourse. Cependant, ô vulgaire, j’estime si fort la clarté de ton beau genie, que j’apprehende qu’apres la lecture de cét ouvrage tu ne sçaches pas encore de quoy l’Autheur a parlé, sçaches donc que c’est d’une Pomme qui n’est ni de Reinette, ni de Capendu, mais d’un fruict qui a trop de solidité pour tes dents, bien qu’elles soient capables de tout mordre, que si par hazard il te choque, je demande au Ciel que ce soit si rudement que ta teste dure n’en soit pas à l’espreuve, l’Autheur ne m’en dédira pas: car il est l’antipode du fat, comme je souhaitterois i tous les ignorans ne faisoient qu’un monstre d’estre au monde le seul

Hercule De Bergerac.

RECUEIL: LES METAMORPHOSES D’OVIDE EN VERS BURLESQUES (1650)

Fable VIII — Les Amours d’Apollo et de Daphné

Quelque temps apres la Bataille
Du grand Pithon le Portécaille,
Où, comme est dit, il fut vaincu
D’un trait qu’il receut dans le cu;
Phebus enflé de sa victoire,
S’en faisoit, dit-on, tant accroire,
Qu’on n’osoit plus le regarder;
Il ne parloit que de darder,
D’estocader, de faire botte;
Il n’alloit plus sans grosse botte,
Quoy que ce fut en plein Esté;
Jamais sans brette à son costé,
Sans horrible et grande plumache,
Sans gros buffle et fiere moustache;
Il ne manquoit plus à ce Dieu
Qu’une emplastre noire sur l’yeu,
Avec une jambe de bille,
Pour estre plus meschant qu’Achille.

Un matin ce nouveau Filou,
Qui ne juroit que capdediou,
Et ne cherchoit que chapechute,
Rencontra dessus une butte
Le Dieu des Ris et des Attraits,
L’Enfant Amour, qui de ses traits,
Qui sont faits comme des chevilles,
Enfiloit perles et coquilles;
Auquel nostre petit Dieu Mars
Dit ainsi. Pauvre petit gars,
Pauvre Enfant crevé de folie,
Pauvre petit croqueboulie,
Petit Archer, malencontreux,
Es-tu bien si presomptueux
De bander Arc, ou tirer fléche,
De faire fente, trou, ny bresche,
Devant moy ? moy le grand Phebus,
Moy le grand Maistre Doribus,
Du Matrat, et de l’Arbaleste ?
Moy Phebus le grand couppe-teste,
Phebus le grand couppe-jarret,
Qui plus vaillant que Cesaret,
Et plus terrible que Pompée,
M’appelle Phebus coup d’espée,
Phebus au chappeau retroussé,
Qui depuis le combat passé
Ne paye plus rien à la porte,
Phebus le vaillant paye-morte,
Qui fais nargue aux Comediens,
La nique aux Chats, et corne aux Chiens.

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Sus donc Bastard, quitte ces armes,
Trop fortes pour un Dieu des charmes,
Un gueux, un sorcier, un bandy,
Un fol, un Dieu plus étourdy
Que le premier coup de Matines,
Un dissipateur de courtines,
Un petit coureur de Landy,
Un gourmand, un cherche-midy,
Qui par fous fils, sur filles folles,
Par cent faits fous le Monde affoles,
Un patroüilleur, un farfoüilleur,
Auquel ont mes filles d’honneur
Donné plus de coups de lanieres,
De coups de pieds et d’étrivieres,
Que n’as fait jouster de poulets,
Et fait avaller d’oeufs mollets;
N’espere pas croistre ta gloire
Par les outils de ma victoire,
Dont grace à Monsieur Sainct Miché,
J’ay Serpent horrible embroché;
Rends ce trait, rends cette arbaleste,
Petit Serpent à rouge creste,
Ou je te prendray ton chappeau;
Contente-toy de ton flambeau
Pour rechauffer froide cuisine,
Griller boudin, frire poitrine,
Ardre bouquins, gaupes tenter,
Asnes baster, cornes planter.

Voila de Phebus l’insolence,
À qui l’Amour, que telle offence
Faisoit rire du bout des dents,
Le front rouge, et les yeux ardens,
De son petit coeur plein de rage
À peu pres tira ce langage.

Hé depuis quand, Monsieur Phebus,
Avez-vous quitté vos rebus,
Et vostre celeste briguade,
Pour en habit de Mascarade
Faire peur aux petits Enfans ?
Depuis quand courez-vous les champs ?
Avez-vous le cerveau malade ?
Quelle mauvaise herbe en sallade
Vostre esprit a tant detraqué ?
Quelle mouche vous a piqué ?
Quel ver a poind vostre cucule ?
Seroit-ce point la Tarantule ?
Qui vous fait ainsi tremousser ?
Mieux à vous eust valu danser
Ballet, et donner serenade,
Que nous faire telle incartade;
Pas ne vous estes ce matin
Signé de vostre bonne main,
Quand pour nous intenter querelle,
Vous avez quitté vostre Vielle,
Et pris en main fier Braquemart,
Pour, armé comme un Jaquemart,
Sur nous, non sans grand vitupere,
Exercer mestier de Corsaire;
Avant la mort du sieur Pithon,
Qui vous fit grand peur, ce dit-on,
Vous estiez plus doux qu’une image;
Mais ores plus mievre qu’un Page,
Les deux mains dessus le rognon,
Jurez par la mort d’un ognon,
Que vous nous aurez la caillette;
La caillette, par ma figuette,
Ja ne l’aurez de quatre jours;
Les Amours ont monté sur l’Ours;
Fussiez-vous monté sur Pegase,
Qui n’est qu’un fat, et vous un aze,
Encor de vous n’aurions-nous peur;
Je suis tout feu, je suis tout coeur,
Je suis bon cheval de trompette,
J’éternuë quand l’asne pette;
Bien d’autres Filoux avons vus
Plus noirs que vous, et plus cornus,
Lesquels encor sur vostre teste
Mangeroient pastez de requeste,
Qui ne nous ont pas fait cacher,
Mais que bien avons fait cracher
Tripes, boyaux, argent, valize,
Eu la coine, apres la chemise,
Et sans lampe avons fait coucher;
Et cependant maudit Archer,
Miserable Docteur de bale,
Pauvre coquin, toque-cimbale,
Gueux à visage de Rebec,
Belistre qui n’as que le bec,
À moy qui pire que tempestes
Ay soumis par mille conquestes
Mon grand Pere l’Altitonant,
À moy le Prince du Ponant,
Enfant de la masse premiere,
Sans qui Nature et la lumiere
Ne serviroient que d’un niquet,
À moy le Prince du paquet,
Qui preside sur tout le germe
En terre molle, en terre ferme,
Grand Maistre des Eaux et Forests,
À moy le Prince du Marests,
Marquis de la Motte et du Tertre,
Roy naturel du petit Sceptre,
Qui regne sur les verts boquets,
À moy le Prince des Coquets,
Pere de toutes les familles,
Pauvre Vielleur, porte-guenilles,
À moy tu t’ozes attaquer;
Mordy je te feray bouquier;
Tu pretends avoir de mes fléches,
Je t’en garde, mais des plus seches;
Devant qu’il soit deux jours passez
Tu m’en payra les pots cassez;
Amour pire qu’un asne rouge,
Te prepare une belle gouge,
Où tu brûleras tes papiers
Non seulement, mais tes souliers
Uzeras courant apres elle,
Sans que jamais la Damoiselle
Te laisse seulement baiser
Les bords de son pot à pisser.

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Ce dit, cette maligne beste
Amour, banda son arbaleste,
Puis en disant tatifrappé,
D’un trait en l’urine trempé,
De Daphné la chaste pucelle,
Un trou luy fit à la mammelle;
Par où dix de ses compagnons,
Pas plus grands que des champignons,
Portans en main rouges flâmesches,
Soufflets, tisons, charbons, et mesches,
Entrerent, et soufflerent tant,
Qu’en son pauvre coeur à l’instant
Il sent brûler une fournaise,
Il n’est plus que flâme et que braise,
Il meurt pour la belle Daphné,
Déja son teint en est fanné;
Mais elle à qui ce Dieu Vipere
Avoit percé la boudiniere,
D’un trait vilainement graissé
De la graisse d’un trépassé,
Porte en son coeur une glaciere,
Que la chaleur et la lumiere
De ce beau Dieu de la clarté,
Ne sçauroit fondre en plein Esté.

Il a beau l’appeller son ame,
Luy composer son anagrame,
Luy presenter beaux affiquets,
Belle guirlande et beaux bouquets,
Beaux fruits et fleurs de Retorique,
Luy faire entendre la Musique
De la Pierre et de Constantin,
Luy mener le jeune Martin,
Et Monsieur Lambert son Compere;
Cela ne luy profite guere,
Non plus que les petits poulets,
La comedie et les Balets,
D’autant que la simple Fillette,
Ainsi qu’une Madelonnette,
Porte un coeur naturellement
Fait en pointe de diamant;
La Chasse est toute son envie,
Son Chien toute sa compagnie,
Son Carquois est son favory,
Et son Arc son petit mary,
Dont tres-dolent son noble Pere
Luy dit par fois. Fille tres-chere,
Daphné, ma petite fanfan,
Daphné, que j’ayme tant oüanoüan;
Vous me devez, ma Fille tendre,
Vous me devez un petit gendre.

Quand voulez-vous vous acquiter ?
Quand voulez-vous faire sauter
Vostre bonne Maman, petite ?
Quand voulez-vous, dites ma mitte,
Joyeux festin nous presenter,
Et nous faire un tantin taster
Du broüet de vostre marmitte ?

À qui la bonne chatemite,
Qui dans sa main cache un ognon,
Luy dit pleurant; Papa mignon,
Laissez en paix ma sourissiere,
Ny chat ny rat dans ma chatiere
Jamais n’y croquera lardon;
J’aymerois mieux manger chardon,
Et coucher dans le cimetiere,
Que de crier comme ma Mere
Petits pastez d’un si haut ton;
J’aurois trop peur; Papa mignon,
D’enfanter un jour par l’oreille,
Qui seroit douleur nompareille.

Laissez-moy donc fermer vostre huis,
Et vivre telle que je suis;
Ce que non, sans douleur amere,
Luy promet son Seigneur et Pere;
Tandis le beau Roy des Saisons,
Qui court aux petites Maisons,
Afin de parestre à la mode,
Fait venir Blet qui l’accommode,
Et luy couppe ses beaux rayons,
Qu’il appelle ses cheveux blonds;
Il se recure la gencive,
Met du linge blanc de lessive,
Neuf collets blancs aux Muses neuf,
Au Sieur Pegase un bast tout neuf,
Dessus sa teste une Hemisphere;
Et pour monstrer ce qu’il sçait faire,
En l’honneur de la faculté,
Une siringue à son costé;
Il s’oingt, il se plastre, il se mire,
Il s’huile, il se gomme, il se cire,
Il se fait la barbe des yeux;
C’est merveille de ses beaux neuds,
Des beaux galans de sa Guitterre,
De son beau ruban d’Angleterre,
De son magnifique collet,
Et de son habit de Balet.

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Qui pourroit avoir assez d’armes
Pour resister à tous les charmes
D’un Dieu qui porte un neuf pourpoint ?

C’est Daphné qui n’en manque point,
Qui voyant venir apres elle
Phebus courant à tire d’aile,
De son costé double le pas,
En disant Vade Satanas,
Elle va comme une Hyrondelle;
Et si la peur à la pucelle
Luy fait chausser des ailerons,
L’Amour chausse des esperons
À Phebus, qui dans sa littiere
Communément n’en porte guere;
Tous deux la crainte et les desirs
Les font trotter comme Zephirs;
Mais Phebus l’amoureux alaigre,
Qui va du pied comme un chat maigre,
Est déja si pres de son dos,
Qu’il luy peut tenir ces propos.

Où fuyez-vous, cruelle Nymphe ?
Où fuyez-vous, beau Pananymphe,
Des vertus comme des beautez,
Pour Dieu, belle Nymphe, arrestez;
Arrestez, ô Nymphe adorable,
Je ne suis pas si miserable,
Ny si pendart que vous pensez;
Je n’ay pas des sabots chaussez,
Mais des belles et blanches bottes;
Je ne suis pas un cassemottes,
Un visage de bois flotté,
Je suis un Dieu bien fagotté,
Le beau Phebus à tresse blonde,
Le plus grand Cuisinier du Monde,
Pere du mois, Pere de l’an,
Roy de l’éguille et du cadran,
Baron du Jour, Duc de l’Optique,
Prince du Royaume Ecliptique,
Seigneur de la Prose et des Vers,
Et grand Fallot de l’Univers.

Non non, Pucelle incomparable,
Je ne suis pas tant effroyable,
Ny tant diable que je suis noir;
Je suis un Dieu qu’il fait beau voir,
Je suis le Dieu qui tout éclaire,
Bon Chantre, bon Apoticaire,
Bon Medecin, bon Tabarin,
Bon fluteur et bon tabourin;
Pere je suis de toutes choses,
Des Oeillets, des Lys, et des Roses,
Le beau Phebus au crin doré,
Qui sçais lire comme un Curé,
Qui sçais mieux escrimer encore;
Je sçay joüer de la Mandore,
Du Cor et du Psalterion;
Je suis un fort bon Violon,
J’ay douze Maisons, j’ay Carosse,
Je n’ay sur moy playe ny bosse,
Je ne suis Turc ny Parpaillot,
Je suis un Dieu fort bon fillot.

Hé pourquoy donc, Nymphe mauvaise,
N’oseray-je en vostre fournaise
Faire fondre un petit lingot,
Toucher un peu vostre gigot,
Et clorre vostre parentese,
Chercher un peu vostre mortaise,
Et découvrir vostre magot;
Belle, donnez-moy vostre ergot,
Ce n’est pas pour ce qu’il vous semble,
Ce n’est que pour danser ensemble,
Et vous faire dire hopegay
Au son d’un petit branle gay;
Il n’est plaisir tel que la dance;
Voulez-vous oüyr quelque Stance,
Arrestez seulement icy;
J’en ay du Baron de Plancy,
De feu Marot et de Cigogne;
J’en ay de Madame Gigogne,
Et de Gifflart Poëte du Roy;
En voulez-vous aussi de moy,
Arrestez, ô Nymphe farouche,
J’en feray dessus vostre bouche;
Ce me sera plaisir bien doux
De faire des oeuvres sur vous;
Arrestez, ô Nymphe follette,
En faveur de jambe mollette
De Phebus le Dieu Lasdaller,
Qui pour vous ne fait plus qu’heurler,
Qui pour vous ne fait plus que braire;
Arrestez, Nymphe solitaire,
En faveur du pied dessollé
D’un pauvre amoureux rissollé.

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Voila la complainte bourruë
Que de sa poitrine feruë
Tiroit ce dolent amoureux;
Il frise déja ses cheveux,
Et déja sa griffe paillarde
S’étend pour gripper la fuyarde,
Laquelle sentant Apollon
Qui luy marche sur le talon,
Sur le poinct d’estre violée,
Adresse à son Pere Penée
Cette humble priere.

ô Pater,

Qui m’avez promis plus de ter
Que coup de nerf, ny coup de verge,
Sur mon pauvre parchemin vierge
Onc ne feroit impression;
Pere, prenez compassion
De vostre Fille bien-aymée,
Qui court risque d’estre entamée,
Si ne baillonez d’un baillon
Son entrefretinfretaillon.

À peine elle eut cette priere
Finy, que son tres-noble Pere
L’écoutant, sa course arresta,
Et pour reverdir la planta.

Lors sortirent de ses deux manches;
Au lieu de bras, deux belles branches;
Dans ses deux mains on ne vit plus
Dix doigts, mais dix rameaux fourchus;
Sa belle et blonde chevelure
Prit aussi la mesme parure;
Et son corps gent, plus droict qu’un jonc,
Alors ne fut qu’un pauvre tronc,
Manifestant par son branchage
D’un Laurier le sacré feüillage.

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Lors voyant ses amours ramus
Nostre pauvre Amoureux camus,
Aussi froid que pierre de marbre,
Embrasse encor ce nouvel arbre,
L’étraint, l’arrose de ses pleurs,
Et luy promet mille faveurs,
Que jamais l’inique froidure
Ne gâtera sa chevelure,
Qu’elle a beau coucher au serain,
Qu’elle ne se tourmente grain
Ny de rume, ny de catterre,
Ny de gresle, ni de tonnerre;
Que les neuf Vierges, ses neuf soeurs,
N’iront jamais sans ses couleurs,
Non plus que les plus grands Monarques;
Et que lui pour dernieres marques
De son amour, jusqu’au tombeau
La portera sur son chappeau;
Dequoi la pauvre repentante
Montre qu’elle en est bien contente,
Mais plus encore si son sot
De Pere ne l’eût prise au mot.

Vous qui lisez ce bel exemple,
Pucelles, en qui je contemple
En corps de chair, coeur de rocher,
Voici bien dequoi vous toucher;
Pensez bien à cette avanture
Du Laurier, qui fut creature,
Qui trop tard meshui se repent
D’avoir dos, à si bel Amant,
Tourné plûtost que la fressure;
Moi-mesme y pensant, je vous jure
Que je suis tout prest d’en pleurer,
Hormis quand j’en vois decorer
Quelque beau jambon de Mayence;
Car alors je prens patience,
Et dis en moderant mon dueil,
Autant nous en pend-il à l’oeil;
Et puis qu’eussent fait dans le Monde,
Sans cette Plante si feconde,
Tant de braves Avanturiers,
Tant de nobles Machelauriers,
Tant de Bonnets, tant de Cervelles,
Tant de Lyres et tant de Vielles,
Qui lisant un si piteux cas,
Je croi n’en refuseront pas
À moi qui n’en plante ni cueille,
Une pauvre petite feüille,
Pour, avec tronçon de veau gras,
Faire boüillir entre deux plats.

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https://operabaroque.fr/EDITO_AVR_05.htm

DASSOUCY, POETE ET MUSICIEN, EMPEREUR DU BURLESQUE

L’auteur en est un musicien pas comme les autres, plus connu pour ses « Aventures burlesques », ses amitiés — souvent devenues inimitiés — avec Molière, Lully, Chapelle, Cyrano ou Charpentier, ses moeurs libertines et ses démêlés avec la justice.

Fascinant personnage que Charles Coypeau, sieur Dassoucy, qui se surnommait lui-même « empereur du Burlesque, premier du nom ». Poète, joueur de théorbe, il parlait grec, hébreu, chaldéen, syriaque, se disait descendre de Nostradamus, professait une théorie musicale de l’existence de Dieu, et inventa les tournées artistiques en province en parcourant la France, accompagné d’un âne porteur de luths, violons et partitions, et…de deux jeunes pages de musique androgynes.

Né en 1604, il fut luthiste et chansonnier à la cour de Louis XIII, avant de partir, en 1639, à Turin, avec le comte d’Harcourt qui commandait l’armée du Piémont. Il revint à Paris en 1647, écrivit « L’Ovide en belle humeur », parodie burlesque, et composa, en 1650, la musique de l’Andromède de Pierre Corneille, ainsi qu’une pastorale « Les Amours d’Apollon et Daphné ». Il reprit ses tournées artistiques le long des routes, et c’est à Carcassonne qu’il rencontra, fin 1651, la troupe de Molière qu’il accompagna pendant plusieurs mois. Il fit de la prison à Montpellier, en sortit pour se rendre de nouveau à Turin. Il y était vers 1654, puis à Mantoue en 1658 — où le duc Charles III fit émasculer son page pour garder sa voix intacte -, trouva refuge à Modène, puis à Florence en 1659, où il charma la grande duchesse de Toscane aux sons du luth ou du théorbe, enfin à Rome en 1662, où il fit connaissance avec les geôles du Saint-Office, dénoncé pour athéisme par…son page. Il était de retour à Paris en 1670, où l’attendait une vive déception lorsque Molière lui préféra Marc-Antoine Charpentier pour composer la musique du « Malade imaginaire ». En 1673, il fut enfermé au Grand-Châtelet, accusé de sodomie. C’est là qu’on raconte que Lully venait lui jouer l’aubade sous la fenêtre de son cachot. Six mois après, il était libéré, et entra dans la Musique du roi. Il écrivit ses « Aventures », et mourut en 1677, après une vie — ô combien ! — remplie.

Dassoucy aurait peut-être pu figurer en bonne place dans les Histoires de la musique si…ses compositions dramatiques n’avaient été perdues.

Perdue, la musique composée pour la tragédie « Andromède » de Pierre Corneille. C’est durant le carnaval de 1650 qu’est représentée au théâtre du petit Bourbon cette pièce à machines, assortie de musique. Machines et musique y sont étroitement liées, mais les spectateurs ne semblent avoir accordé leur attention qu’aux premières. Les gazettes décrivent à l’envi les effets visuels du sorcier Torelli, dont plusieurs gravures ont gardé le souvenir : ainsi au premier acte, Vénus apparaît en gloire au dessus de la place publique du royaume de Céphé, s’avançant « lentement, sans que l’oeil puisse découvrir à quoi elle est suspendue ».

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A l’acte II, cette place publique s’évanouit en un instant, pour faire place à un jardin délicieux; les grands palais qui la bordaient sont changés en vases de marbre blanc portant, les uns des statues d’où sortent des jets d’eau, les autres des myrtes, des jasmins… De chaque côté, un rang d’orangers forment un admirable berceau jusqu’au milieu du théâtre, et le séparent ainsi en trois allées, que l’artifice ingénieux de la perspective fait paraître longues de plus de mille pas.

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Puis » le tonnerre commence à rouler avec un si grand bruit, et accompagné d’éclairs redoublés avec tant de promptitude, que cette feinte donne de l’épouvante, aussi bien que de l’admiration, tant elle approche du naturel. On voit cependant descendre Éole avec huit Vents, dont quatre sont à ses deux côtés, en sorte toutefois que les deux plus proches sont portés sur le même nuage que lui, et les deux plus éloignés sont comme volant en l’air tout contre le même nuage. Les quatre autres paraissent deux à deux au milieu de l’air sur les ailes du théâtre, deux à la main gauche, et deux à droite.»

Mais le clou du spectacle est à l’acte III, lorsque Persée montant son cheval ailé Pégase, vient au secours de la belle Andromède attachée à un rocher et menacée par le vilain dragon.

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Et la musique ? faute de commentaires, on ne peut que l’imaginer à partir du livret. Il est vrai que Corneille,comme il le dit lui-même, s’était bien gardé de « ne rien faire chanter qui fût nécessaire à l’intelligence de la pièce ». En quoi consistait-elle ? dans le prologue, Melpomène, muse de la tragédie, chante, de concert avec le Soleil, un air à la louange du roi, dont le choeur répète les derniers vers. Au Ier acte, un choeur de musique exécute l’hymne « Reine de Paphe et d’Amathonte. Au IIe acte, une nymphe de Phinée — l’amant d’Andromède — chante un air, puis dialogue avec le page de Phinée, dans un air à couplets et refrain. Au IIIe acte, un choeur vient soutenir l’action de Persée et célèbre son triomphe. Au IVe acte, le choeur exécute un chant nuptial en l’honneur de Persée et Andromède. Au Ve acte, le choeur intervient encore pour hâter l’apparition de Jupiter, puis la pièce se termine par un ensemble vocal.

Perdue, aussi, la musique, composée en 1650, d’une pastorale en musique « Les Amours d’Apollon et Daphné ». L’oeuvre fait encore alterner les airs chantés et les vers déclamés, et il faudra attendre encore près de dix ans avant qu’apparaisse une pastorale entièrement chantée en langue française, la « Pastorale d’Issy » de Cambert. Au Ier acte, Apollon et Daphné chantent chacun une chanson, et pour terminer l’acte, l’Amour fait entendre un air. Au IIe acte, Apollon et Daphné exécutent un dialogue en musique. Le Dieu est amoureux de la Nymphe qui s’enfuit après que celui-ci lui a déclaré sa flamme. Apollon exprime alors sa désolation, mais en déclamant, et c’est l’Amour qui, à sa place, chante un air sur le ton railleur qui caractérise la pièce. Le IIIe acte débute par un dialogue parlé entre Apollon et Pénée, père de Daphné. La Nymphe s’endort et Apollon la berce d’un air de sommeil italien « Dormite, belli occhi ». Soudain, Daphné se réveille, repousse Apollon et se métamorphose en laurier. Alors, le Dieu dit son désespoir dans un monologue qui se termine par l’air « O douleur, ô fureur » que Daphné coupe de ses consolations. Une chanson de l’Amour termine la pièce.

Certains veulent voir dans « Les Amours d’Apollon et Daphné » le premier opéra-comique français, »comique » s’entendant pour une comédie en musique. Curieuse destinée que celle de la légende de Daphné, nymphe transformée en laurier au moment où elle allait être étreinte par Apollon : elle n’aurait pas seulement présidé à la naissance de l’opéra italien (la « Dafne » de Peri, perdue, celle de Marco de Gagliano, conservée) et de l’opéra allemand (la « Dafne » de Heinrich Schütz, perdue), mais aussi à celle de la comédie en musique à la française.

Jean-Claude Brenac — avril 2005

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El ‘Palpati’ y su labor de tocarle los testículos al Papa

Written by

Dr Jacques COULARDEAU, PhD in Germanic Linguistics (University Lille III) and ESP Teaching (University Bordeaux II) has been teaching all types of ESP

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