Image for post
Image for post

EVOLUTIV BRASS — HUMORESQUE — 2018

Image for post
Image for post
Saint Germain l’Herm, 18 août 2019

Les morceaux sont bien choisis et bien mixés, bien arrangés aussi, pour rester dans le cuivre qui n’est pas nécessairement l’instrument de la partition originale. Ils évitent pour l’essentiel le martial et le militaire, raison de plus les hymnes nationaux dont sont friands les Américains avec leurs étoiles et leurs banderoles, qui ne sont d’ailleurs que des bandes en couleurs alternées.

Image for post
Image for post
La Chaise Dieu, dans le Cloître, aubade apéritif sans petits-fours

Et vous vous laisserez aller à une complainte nostalgique qui vous fera aimer le son du cor le soir au fond des bois et vous tenterez de ne pas entendre le cerf blessé qui brâme de mort, à mort. La mort du Cerf est une triste histoire de ramure boisée ou de bois ramurés que l’on accroche, avec la tête empaillée, au mur de la salle à manger pour pouvoir servir le cerf rôti dans le décor de la mise à mort.

Et- je ne peux résister à entendre Alfred de Vigny me chanter les dommages de la chasse dans nos cultures de raréfactions du gibier, au point que des femmes enceintes peuvent être attaquées et mises à mort par des chiens d’une chasse à courre contre un cerf qui n’a rien fait pour mériter ce traitement, pas plus d’ailleurs que la femme enceinte, comme on dirait, d’une pierre deux coups.

J’aime le son du Cor, le soir, au fond des bois,
Soit qu’il chante les pleurs de la biche aux abois,
Ou l’adieu du chasseur que l’écho faible accueille,
Et que le vent du nord porte de feuille en feuille.

On n’en finirait pas d’effeuiller l’habit du chasseur fil à fil pour lui faire payer sa cruauté, mais les cuivres nous en gardent bien car après tout ils ne sont que la vantardise des chasseurs qui monte du fond de quelque ravin où il fait bon mourir ou survivre selon le goût de chacun. Mais pourquoi donc cette musique m’est-elle à ce point funèbre quand elle n’est pas militaire.

Prenez vos pattes à votre cou et allons marcher gaiement rue du Rhin et Danube à Olliergues pour retrouver la force d’antan et communier avec tous ceux qui sont partis au son non du canon, ni du violon, mais au son du clairon.

Dr. Jacques COULARDEAU

Image for post
Image for post
Image for post
Image for post

LE LIÈVRE DE SAINT GERMAIN

Cette église a été construite comme tout clerc vous dira que ce n’est pas possible. La partie la plus ancienne est celle qui est juste après le porche et elle devient de plus en plus jeune en avançant vers le chœur. Et même ainsi, tu es loin de la vérité. Les deux premières travées sont du 10ème siècle. La troisième aussi probablement mais le 15ème siècle a construit deux chapelles latérales. La quatrième travée a deux collatéraux en demi-cintre. Mais ce serait une erreur de croire qu’elles sont plus récentes encore, car les bas-côtés en demi-cintre sont une invention ancienne : en fait cette technique du renforcement d’une voûte romane par deux bas-côtés en demi-cintre est typique du 11ème et 12ème siècle, et c’est la première forme de ce qui deviendra plus tard l’arc-boutant aérien gothique. L’église romane clunisienne de Ris a conservé ses deux bas-côtés en demi-cintre et elle est du 11ème siècle, peut-être plus avant encore. Les quatre travées sont anciennes et ont été construites du 10ème au 11ème siècle, avec l’adjonction des chapelles latérales de la troisième travée au 15ème siècle. Mais où est donc passé le chœur ancien ? On ne le saura jamais.

Image for post
Image for post

Le transept et sa croisée sont typiques du 12ème siècle avec un carré voûté en coupole sur trompe en forme de prismes ternaires. C’est la forme même du carré central de la croix druidique. Et c’est bien sur les colonnes de la quatrième travée et de ce transept que se trouvent les chapiteaux romans les plus intéressants et qui marquent de leur facture leur datation possible. On est bien là au 11ème et 12ème siècle.

La quatrième travée commence avec des feuilles ; sauf le chapiteau ouest de la quatrième colonne où deux bêtes à deux dos (soit quatre corps de bêtes) et une tête (pour chaque couple) veulent nous faire peur. Celle vers l’ouest dévore la tête d’un homme, celle vers l’est crache de l’eau et des flammes. Vers l’ouest, vers le monde, les forces de la nature, si l’on s’y soumet, vous dévorent tout cru. Vers l’est, vers la lumière divine, la même nature, enrichie du savoir chrétien, vous offre eau et feu, deux éléments nécessaires à la vie, deux éléments représentant la vérité spirituelle. Il s’agit de la wuivre celtique christianisée : seule, cette wuivre de force vitale et de savoir n’est qu’un monstre qui vous dévore car il vous empêche de voir la vérité. Sur le chapiteau au même niveau côté nord du passage entre le bas-côté et le transept, vous trouverez une autre wuivre qui crache du feuillage, de la vie donc. Entrez dans le transept, toujours côté nord et vous découvrez sur les chapiteaux de la chapelle, côté nord trois wuivres aimables, trois bien sûr comme le chiffre sacré de la trinité. Mais côté sud une wuivre montre les dents et pourtant crache du feuillage : trois feuilles de chaque côté, soit deux fois la trinité, le nombre de Salomon. Ne vous laissez pas piéger par les dents de cette wuivre. Si vous savez lire son savoir, elle vous apporte la lumière divine. Le savoir n’appartient pas à ceux qui ont peur d’aller le chercher entre les dents de l’ignorance et de la superstition. La preuve, c’est que cette wuivre porte deux pendants aux oreilles : à gauche un pendant qui contient le cercle de l’éternité et à droite un pendant qui contient la croix centrale du cercle druidique, mais aussi le chiffre quatre de ses branches, le chiffre de Jésus sacrifié sur une autre croix. On est loin des dents, sinon que la vérité et le salut sont parfois au-delà des fouets et des tortures des puissants de ce monde.

Image for post
Image for post

Revenons à la quatrième colonne côté sud de la nef. Deux wuivres crachent du feuillage, encore, sur le chapiteau côté nord. Et côté est, nous rencontrons le chapiteau qui fait se déplacer les foules. Deux griffons, les serres dans la terre mais les ailes déployées entourent un lièvre apeuré qui n’ose même pas fuir. Il a devant lui le couple d’oiseaux qui peut l’emporter vers le ciel et il a peur. Rien vraiment ne sert de courir. Il ne le peut même pas. Et le chapiteau côté sud du passage entre le bas-côté sud et le transept nous donne les deux mêmes griffons, mais avec un « calice entre eux, un calice qui porte une feuille à cinq folioles, cinq comme Dieu, et le pied en est torsadé comme un serpent ou deux qui s’enchevêtrent. Image du calice sacré et du caducée du savoir salvateur. Et en face de ce passage, le chapiteau côté sud de la chapelle porte une wuivre qui crache du feuillage. Encore et encore. Et côté nord, deux têtes sortent de feuilles. Continuons vers le chœur. Au coin deux autres têtes dans des feuilles, et puis encore une tête dans des feuilles. L’homme essaie de sortir de sa nature qui pourtant tend ses feuilles vers le soleil, mais il n’a pas encore le savoir qui lui permettra d’arracher son corps à la gueule de cette végétation. C’est de l’autre côté de l’entrée du chœur que nous avons ce savoir. D’abord deux dragons vis-à-vis côté ouest de la pile, deux dragons qui allient terre, eau, air et feu, les quatre éléments, deux dragons qui sont le bien et le mal, mais les dragons sont les protecteurs et les défenseurs d’un trésor, ici le trésor du chœur. Ces deux dragons deviennent sur l’angle deux serpents en vis-à-vis, les deux serpents du caducée. Et là est la clé de l’église.

Moïse (Nombres XXI, 4–9) dans sa marche vers la Terre Promise dans le désert du Sinaï, va de révolte en révolte. Sur la route de la mer de Suph, le peuple se révolte contre la faim et la soif et Dieu les punit, eux qui veulent la Terre Promise sans peine, de deux serpents « seraph » qui les tuent un à un. Mais ces « seraph » sont des cousins des anges Séraphins. Aussi Moïse obtient-il le remède de Dieu : place l’image d’un « seraph » sur un étendard et que les personnes mordues par les deux « seraph » regardent cette image de « seraph » sur l’étendard, et ils guériront. Ce « seraph » que certains considèrent comme un dragon (Isaïe VI, 2–6) devient une protection, un bienfait, quand on en tire une image, un savoir, qu’on le met sur un étendard divin et qu’on le regarde avec respect, de la terre vers les airs où il flotte : il est le moyen d’aller vers la Terre Promise et de continuer sur la route de Suph. Le dragon le plus terrible cache un Séraphin et il suffit de savoir le regarder pour en faire une protection. C’est le serpent d’airain de Moïse.

Les deux serpents de ce chapiteau sont devenus positifs et ils nous mènent naturellement à la Terre Promise avec le dernier chapiteau où nous avons quatre griffons (le Christ), dont les deux griffons centraux ont deux têtes (le Christ à nouveau), ce qui fait six têtes, le nombre de Salomon, la lumière que Dieu verse dans notre coupe humaine, le savoir divin. L’homme qui a su surmonter sa peur et sa colère, qui a su apprendre avec patience la vérité céleste, qui a cherché la protection contre les dangers du monde dans sa confiance en son Dieu, peut espérer, au-delà de la souffrance à laquelle le sacrifice du Christ nous a préparés, trouver la voie qui mène vers l’est, le soleil levant, la Terre Promise, l’azur céleste et infini.

Il s’agit donc là d’une église de courage qui veut apprendre à l’homme que le savoir du serpent d’airain est au plus profond de lui et de la nature et qu’il doit l’aller chercher tout en tournant ses yeux vers son Créateur, même si cela doit lui en coûter la tête comme au Saint Germain d’ici qui vécut à Runiac, même racine celte « run » que pour « Herm » et qui signifie le désert, mais aussi le secret ou les secrets que l’on peut découvrir dans les « runes », écriture des druides celtes. Apprenez à déchiffrer les images cabalistiques de ces chapiteaux, apprenez à affronter les dangers de la vie, même si vous devez en être un peu raccourci, et vous aurez le savoir, vous donnerez naissance à la source qui guérira les fièvres, la source qui coule d’entre les dents mêmes des pires dangers du monde et qui guérit la fièvre de la colère et la fièvre de l’impatience. Rien ne sert de courir, il suffit simplement de ne pas perdre la tête de la sagesse, et la sagesse est dans le serpent d’airain de Moïse.

Jacques COULARDEAU

Written by

Dr Jacques COULARDEAU, PhD in Germanic Linguistics (University Lille III) and ESP Teaching (University Bordeaux II) has been teaching all types of ESP

Get the Medium app

A button that says 'Download on the App Store', and if clicked it will lead you to the iOS App store
A button that says 'Get it on, Google Play', and if clicked it will lead you to the Google Play store