Image for post
Image for post
Toput un programme

MICHEL BARON, AUTEUR & ACTEUR,

A SURVÉCU AU « MALADE IMAGINAIRE »

Il a écrit des poèmes et des comédies. Trois comédies sont perdues, probablement à jamais, mais justement on ne sait jamais. Il a joué ses pièces mais aussi celles d’autres auteurs de son siècle dont Corneille. Il a fini sa carrière d’auteur avec la traduction de deux pièces de l’auteur romain Terence. Mais il ne laisse derrière lui qu’un souvenir, une œuvre incomplète et une fin de carrière totalement effacée. Il disparut ou presque.

Jean Marie Besset l’a ramené sur la scène, essentiellement en costume très déshabillé, en fait nu intégral, et pas seul, dans son « Banquet d’Auteuil ». Ce banquet qui est le retour de Michel Baron chez Molière concerne un jeune homme d’à peine 16 ou 17 ans. On était acteur jeune en ce temps-là. On était n’importe quoi jeune en ce temps là. Louis XIV fut roi à 13 ans, à peine un an parès sa première carte de France. C’est qu’on ne faisait pas de vieux os en ce temps-là et Louis XIV fut une exception.

Je vais donc présenter les deux volumes du théâtre complet de Michel Baron, qui n’est pas un théâtre complet mais simplement la collection complète de ce que nous pouvons avoir aujourd’hui et cela est fort incomplet. Bonne découverte si vous ne l’avez pas encore lu.

Le travail complet est pour Théâtres du Monde de l’Université d’Avignon. Livraison d’ici décembre.

Dr. Jacques COULARDEAU

Image for post
Image for post

Plus d’images de ce spectacle à https://bizarrecelebsnude.tumblr.com/post/170185948038/le-banquet-dauteuil-nudity-part-2-this-set-of?is_liked_post=1 N’hésitez pas à voyeuriser les exhibitionnistes.

MICHEL BARON — THÉÂTRE COMPLET, Tome 1–2015

Michel Baron est un mythe dans le théâtre classique français. Le tout dernier jeune comédien recruté par Molière pour sa compagnie est dit avoir été lié à ce dit Molière par une amitié à la fois profonde d’un jeune adolescent pour son maître bien plus âgé, en fin de carrière et de vie, et mouvementée par le désir de liberté du jeune homme et par le désir de stabilité dans la proximité de l’homme vieillissant. Et il jouera le malade imaginaire juste après la mort de Molière sur scène. Le spectacle doit nécessairement continuer.

Mais son théâtre est resté très inconnu jusqu’en 2015 et la publication de ce premier tome. Toutes les pièces ici réunies sont restituées en conformité avec les anciennes éditions des 17ème et 18ème siècles. Seule la dernière pièce, La Coquette et la Fausse Prude, a une architecture théâtrale élaborée. Les autres semblent être des ébauches successives, plus courtes et moins subtiles. Le thème est toujours le même.

Des femmes — d’un milieu social aisé sinon plus qu’aisé — veulent vivre leur vie dans la légèreté et dans la facilité, et les hommes sont là pour les satisfaire comme en définitive de vulgaires accessoires qui les flattent dans leur coquetterie qui est plutôt simplement leur séductivité employée comme la petite monnaie pour gagner les hommes. On évite toute la préciosité ridicule dont Molière s’est souvent moqué chez les femmes et du clinquant des petits marquis et de leurs rubans que Molière a si souvent tourné en ridicule.

Image for post
Image for post

Mais Baron n’atteint pas la profondeur sociale et morale de Molière, et ce n’est pas son but. Il n’écrit pas des tragédies qui se veulent comiques. Il écrit des comédies qui sont très près de la farce ou même du vaudeville. En même temps ses histoires d’amour à multiples amants qui tournent autour de quelques femmes comme des papillons ou des mouches autour d’une rose épanouie ou d’un flan à la framboise révèlent des femmes qui ne sont que des manipulatrices qui n’hésitent devant rien pour enchaîner les hommes qu’elles choisissent dans des liens insécables du mariage. Elles sont une ébauche, une annonce, un peu revêche et rugueuse, de ce que Marivaux produira si brillamment, si subtilement un peu plus tard. Baron n’a pas encore atteint ce niveau social de “jeu de l’amour et du hasard” et en reste à un fonctionnement social prédigéré et que les femmes tentent de tourner à leur avantage.

Bien sûr pris entre Molière et Marivaux Michel Baron a fort à faire pour se distinguer de ce qui fut et de ce qui n’est pas encore. Et nos têtes virevoltent d’échos anciens. « Le petit chat est mort » de la naïve innocence. « On n’est pas maître de son cœur » de la passion préromantique du cœur qui a ses raisons que la raison ne connait pas. « Quand il y a à manger pour huit, il y en a pour dix » de la fête rationnée par l’avarice. « On aime tant Dieu, quand on a besoin de lui » de l’opportunisme religieux qui va triompher en 1789.

Image for post
Image for post

Cela pour dire qu’il manque le langage et le style des deux maîtres, celui qui est mort et celui qui n’est pas encore. « Il me reste encore un de mes rivaux à punir » est loin d’une formule qui puisse traverser les siècles. Et cependant il y a quelque part parfois des formules qui annoncent Rousseau plus que Montesquieu, ou Montesquieu comme le précurseur de Rousseau, comme dans « A quelque sauce qu’on mette la servitude elle est toujours affreuse » ou encore « Les gens de bon esprit ne doivent servir que pour ne plus servir. » Mais me dira-t-on cela est inspiré de Plutarque. On est quand même un peu loin de Denis Diderot, « Toujours demander l’approbation dont on peut se passer, c’est un moyen très sûr de dérober au peuple sa servitude. » Vous m’en direz tant en ces temps de Brexit.

Dr. Jacques COULARDEAU

Image for post
Image for post

MICHEL BARON — THÉÂTRE COMPLET, Tome 2–2018

Ce tome contient trois pièces. La première par Baron lui-même et les deux autres traduites et adaptées par Baron à partir de deux pièces de Terence (Publius Terentius Afer), né à Carthage circa 190 BCE et mort à Rome en 159 BCE. Il était un poète comique latin, vraisemblablement d’origine kabyle. Auteur de six pièces, il est considéré, avec Plaute, comme un des deux grands maîtres du genre comique à Rome. Son œuvre a exercé une grande influence sur le théâtre européen, jusqu’aux Temps Modernes. Baron est donc un de ses non pas continuateurs mais traducteurs et adaptateurs.

La première pièce, Le Jaloux, est un marivaudage avant l’âge bien qu’un peu rugueux, fort, même violent. On ne fait pas dans le détail et le jaloux est une espèce de monstre domestique qui ne sait même pas que la jalousie n’est pas une preuve d’amour, mais une preuve d’attachement excessif et sensiblement pervers. Il n’y a pas d’amour sans confiance et le jaloux ne fait confiance à personne bien qu’il soit absolument confiant que tout le monde le haït, le fuit et le tourne en bourrique.

Image for post
Image for post

Un déguisement de dernière minute fait que le jaloux Moncade devient jaloux de sa propre sœur, Léonor, habillée en garçon. Cela fait que la pièce se termine en queue de poisson — ce qui d’ailleurs est difficile avec un carrosse à chevaux — car le jaloux devrait alors être guéri de sa maladie. Mais loin de là. Simplement cela donne une fin à peu près paisible.

La sœur Léonor épouse le frère Valère de Marianne qui semble-t-il a un peu abusé de son charme plus charnel que simplement platonique, et donc Morande peut épouser Marianne dont il n’a lui en principe pas abusé. Mais un jaloux reste jaloux jusqu’à la mort ou le divorce, et même ainsi… Dieu que c’est compliqué d’être jaloux, surtout pour les gens autour.

Image for post
Image for post

La deuxième pièce, L’Andrienne, traduite at adaptée de Terence est un peu compliquée. Deux pères et amis, Simon et Chrémis, ont des ambitions matrimoniales pour leurs enfants. Simon a un fils, Pamphile qu’il veut marier à la fille de Chrémis, Philumène. Mais Pamphile est amoureux de l’Andrienne, Glicère, et est secrètement marié à elle alors que ce mariage n’a aucune valeur puisque le père de Pamphile n’a jamais donné son consentement. Par contre l’ami Carin de Pamphile est amoureux de Philumène qui semble l’être en retour. Quand Chrémis apprend le mariage secret de Pamphile et de Glicère, il refuse le mariage de ce fils dévergondé avec sa fille Philumène. Et un deus ex machina intervient alors et Glicère est révélée comme étant la fille perdue de Chrémis qui alors accepte le mariage secret et calme Simon et on imagine que Carin épousera Philumène.

Notons que d’abord l’opposition au mariage de Pamphile et Glicère se fonde sur le fait que cette femme est une étrangère puisqu’Andrienne et non romaine. L’opposition ensuite est une question de gros sous car cette Andrienne n’a pas le sou, ou si peu. La troisième objection est que ce sont les pères qui décident qui doit épouser qui. Imaginez un peu le micmac si en plus on devait considérer le mariage gay dans cet imbroglio. Masi le gros problème est que l’Andrienne est enceinte de Pamphile. Le problème de la virginité de la femme et du sexe prémarital ne semble pas gêner le moins du monde cette bonne société sous Louis XIV. Il est vrai qu’en plus le droit de cuissage était une règle normale et que le roi en visite dans une province aura droit à coucher avec la baronne locale et que s’il en sort un fils le blason de la famille pourra arborer le bandeau transversal diagonal de haut gauche à bas droit rouge du sang royal dans cette famille. On appelle aujourd’hui cela le bandeau de bâtardise. En ce temps-là c’était une marque dont on était fier.

Image for post
Image for post

Les questions abordées sont très en continuation de Molière. D’abord le droit de l’amour contre le droit des pères (notons il n’y a pas de mères dans ces situations car les mères n’ont leur mot à dire que si elles sont veuves. Puis la liberté de choix des femmes comme des hommes. Ensuite le rejet des étrangers dans cette Rome antique mais aussi dans la France de Louis XIV. Le rôle majeur des esclaves et serviteurs dans l’intrigue, et ce beaucoup plus que chez Molière.

On a donc un double mariage ce qui rappelle Shakespeare qui a osé une paire de fois jusqu’à quatre mariage simultanés, mais ce qui annonce aussi Marivaux. Ce droit du père aura largement disparu sous Marivaux et complètement sous Beaumarchais. Mais le ton est souvent morbide. Ces jeunes parlent constamment de mourir, de se suicider s’ils n’obtiennent pas ce qu’ils veulent, j’entends le mariage qu’ils veulent. Si la pente naturelle n’avait pas été redressé par le deus ex machina final on aurait eu un vrai mélodrame quasiment bourgeois typique du 19ème siècle.

Image for post
Image for post

La troisième pièce est L’École des Pères. Ici on fait fort avec deux couples de frères. On aurait pu croire que c’était une réécriture annonciatrice de la Parabole du Fils Prodigue, mais il n’en est rien. Ce n’est pas non plus Adam et Eve et leurs chers fils Abel et Caïn. On pourrait se demander comment ce brave Terence aurait pu connaître ces choses-là. Deux frères, Télamon et Alcée, ont des positions sociales différentes. Télamon est riche et vit à la ville (paris) alors que Alcée est simplement aisé et est paysan à Vincennes. Alcée a deux fils. L’aîné Eraste que Télamon a adopté et qu’il élève dans la liberté de ses choix et donc dans un libertinage fortement critiqué par Alcée. Le cadet est Léandre et il vit avec son père, travaille sur la ferme et est éduqué dans le respect des règles de la plus pure morale, c’est-à-dire la loi du père.

Eraste veut épouser Pamphile, ce que son père adoptif accepte mais ce que son père biologique ne semble pas vouloir bien qu’il n’y puisse mais. Ce fils Eraste apparemment enlève une jeune fille Clarice de gardiens qui ne sont pas ses parents. En fait c’est Léandre qui est amoureux de Clarice, mais Eraste fait en sorte que tous croient que c’est lui qui l’enlève. D’où crise suicidaire de jalousie trahie pour Pamphile et forte critique d’Alcée contre son frère qui autorise cela.

Image for post
Image for post

Alcée devra accepter le mariage de Clarice avec Léandre car à la dernière minute la gardienne, Madame Sanion apporte une demi-bague donnée par le père en fuite et l’autre demi-bague identifierait celui qui a la garde de l’héritage de Clarice. Coup de théâtre en forme de deus ex machina. La deuxième demi-bague apparait à la dernière minute portée par Hégion, un ami de Pamphile, et il est révélé que Clarice qui n’avait pas le sou a en fait une dot de cinquante mille écus et qu’elle est issue d’une bonne famille. Le mariage est alors accepté, consommé et même perpétré bien qu’Alcée n’en reste pas moins trahi dans ses convictions et hostile comme si on ne pouvait jamais rien apprendre aux pères. Il n’y a pas d’école des pères ou s’il y en a une Alcée en est le cancre ?

Michel Baron n’était pas un grand auteur dramatique, mais il était un excellent traducteur et adaptateur. Cependant il aimait par trop les fins tirées par les cheveux d’un deus ex machina et il trouva en Terence un bon modèle, un bon maître et il finit sa carrière d’auteur avec ces deux pièces. On ne peut pas vraiment juger de ce qu’il représentait vraiment car trois des pièces qu’il a écrites lui-même comme un grand garçon ont disparu. Il ne reste donc que deux pièces de Michel Baron et elles ne sont certainement pas transcendentalement superbes.

Image for post
Image for post

Michel Baron n’a plus la verve et la légèreté socialement engagée et même parfois cruelle de Molière et il n’a pas encore l’insouciance légère et court vêtue de Marivaux qui sait déshabiller les âmes de ses personnages pour un exhibitionnisme sentimental pour le moins aguicheur. Le redécouvrir montre que parfois l’oubli n’est pas entièrement non mérité. Pour le mettre au goût du jour il faudrait une bonne dose d’adaptation.

Dr. Jacques COULARDEAU

Image for post
Image for post
Image for post
Image for post

Written by

Dr Jacques COULARDEAU, PhD in Germanic Linguistics (University Lille III) and ESP Teaching (University Bordeaux II) has been teaching all types of ESP

Get the Medium app

A button that says 'Download on the App Store', and if clicked it will lead you to the iOS App store
A button that says 'Get it on, Google Play', and if clicked it will lead you to the Google Play store