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DES CIGALES STRIDENTES

AUX PIC-VERTS RAGEURS

L’ART SOCIAL DU BÉGAIEMENT SYLLABIQUE

DES CIVELLES VERTES

AUX PIBALES PAS MÛRES

UN MAYA EN PERDRAIT SON CACAO

Bienvenue dans le monde hirsute, farfelu et aussi poilu, velu et chevelu qu’un hérisson en rut, ce monde donc d’Alain Mourlevat. Mais ne vous en laissez pas conter des vertes et des pas mûres. Tout ici n’est que sornettes à serpents qui se glissent dans vos pantalons pour d’évidentes explorations. Le pire de ces animaux de personnages étant le chien basset qui est né sans dents et n’en a jamais eu, comme si un tel édentement était possible dans notre monde de l’endettement. Et en plus il s’intitule Barrique.

C’est donc d’emblée et sans tremblement que j’entre dans ce livre auto-édité, comme un vieux fantômes habitués à errer dans les histoires des autres tout en projetant les siennes. Que voulez-vous. J’ai été formé au biberon de Radio Quinquin, le Petit Quinquin du Nord Pas de Calais, et au lait materné de Radio Craponne, la Radio Craponne du Festival de la pomme de terre, et rien ne pouvait sortir de nos mains ou de nos bouches qui n’était pas un bégaiement linguistique amusant. « Mi j’n’comprenos nin rin, eh be be be be be ! Mais min P’tit Pouchin, min gros rojin, li i dormot ch’qu’à d’min. Mais cha ch’étot du chti », en fait du vrai picard de Roubaix. « Sòm, sòm. Sòm, sòm, vèni vèni vèni, Sòm, sòm, vèni d’endacòm, Sòm, sòm, vèni vèni vèni, Sòm, sòm, vèni d’endacòm. La sòm-sòm vòl pas venir. L’enfanton vòl pas dormir. » Et ça c’est du vrai Occitan de je ne sais pas trop où. Entrez donc dans ce monde à l’envers, devant derrière, qu’on soit clair. La tête dans le cul-de-sac. Les méninges dans l’impasse. Les yeux en, forme de fenêtres aveugles comme le célèbre Moloch. Pour ces histoires l’obscurité est la lumière de la nuit et le soleil n’est qu’un vague souvenir d’une aurore boréale sur le Massif Central au temps de la dernière glaciation.

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Ainsi les gens, j’entends les femmes et le chien basset de La Merlusse parlent en syntaxe cuculienne digne du linguiste Culioli et ses célèbres énoncés agrégatifs « Moi, les oranges, Pouah ! », cette langue du « panpan cucul ». Et un personnage de Hervé Bazin, Mariette, n’use que ce cuculien avec les enfants dont elle s’occupe à la maternité de la rue Marie Buisine. « L’avot in chtiot bobo à sin mimine, min chtiot coco ? » Bien sûr à Paris on dirait tout simplement en langage adulte du moins : « Il a un peu mal à sa main, le petit garçon ? » Remarquez combien la troisième personne fait sérieux et aimable à la fois. C’est qu’on ne doit pas plaisanter avec le langage des enfants, que ce soit du cuculien picard ou que ce soit le discours attentionné d’un adulte à un enfant. Et c’est comme cela qu’on a tous ces adultes qui utilisent des mots CVCV pour paraître simples et décontractés. Et ce ne sont pas les couillons de Bordeaux ou les pépères de Paris, on dit Belleville, qui me démentiront. Ils parlent encore tous comme ils ont appris à l’âge de quatre ans, après qu’ils aient eu quittés leurs langes culottes et qu’ils fussent passés aux culottes courtes. Un exemple d’Alain Mourlevat si ’ou plait : « Les gens s’en disent mieux plus qu’ils ne s’en savent pas. C’est qu’y z’en voudraient tous mieux plus qu’ils peuvent pas s’en payer. » (page 74)

Et le Bibi Lolo, qu’il soit Désiré ou Aimé, il est toujours un Rustaud rustique un peu rustre mais poétique, ce Bibi Lolo a bien changé avec le temps car maintenant il se tape une bibine le soir au café qu’autrefois on appelait un cabaret ou un estaminet. Et le minet fait cha-cha et il miaule gentiment comme un chouchou de sa sorcière, car en plus il est noir. Et notre Bibi Lolo ne passe pas une minute sans qu’il envoie un coucou à ses amis. C’est facile aujourd’hui avec un smartphone, ce truc plat que l’on garde dans la poche. On tape coucou et avec deux clics on a envoyé ce coucou-là à la moitié de la planète. Et des quatre coins de la boule terrestre, on ne sait pas trop où sont les coins mais les réponses en viennent naturellement, ce ne sont que des salutations bégayantes qui dansent comme autant de grésillements portés par des parasites électro-magnétiques sur les micro-ondes de ces smartphones. Et ce ne sont plus que des cocos qui vont à dada, sur les genoux de papa, et le fanfan dit-dit « Maman meumeu mimi veuveut lolo vanvant aller-aller dodo mimi joujou mimi nounours mimi lit-lit. » Mais la maman très sérieuse reprend en cuculien : « Avant tout, p’tit coco doit aller sur popo pour faire pipi et caca avant le dodo. Sinon panpan cucul et papa très en colère. » Et vous pouvez imaginer la suite, en cuculien, en français ou en créole bégayant. Le dimanche c’est la tata et le tonton qui viennent embrasser le coco même s’il est Toto — vous savez « Mais non Toto, tu n’as pas une grosse tête ! » Et ils viennent avec le toutou frisé dans leur teufteuf bleu vert marine. Dans d’autres pays on l’appellerait un tuk-tuk, mais nous ne vivons pas en Inde. Et la tata dira : « Zentil zentil, le toto, mais remonte ta culotte, on ne veut pas voir ton p’tit zoizeau. »

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Et c’est ainsi que Toto il a remonté sa culotte, après avoir été servi par ou avoir servi à la Wendy de service au premier étage de La Merlusse, encore elle, encore elles, encore ce lieu de perdition qui ne se déplace qu’en charrette à bras avec deux brancards et qui pousse les voitures, surtout des inspecteurs des impôts ou de l’hygiène dans les précipices où tout part en fumée sur ceux d’en-bas, pour ne plus jamais montré, le Toto, en public son cucul et sa quéquette que certains appellent une quenelle. Et je dois dire que dans ce genre Le Slip Français fait un peu cucul comparé à Calvin Klein qui lui emballe la marchandise de façon plutôt macho. Mais l’important c’est que Toto, un raccourci pour Antoine bien sûr, il a finalement quitté la zone de la couche culotte pour passer à l’ère du slip ou du caleçon. Fini la layette et vive l’andouillette en bandoulière pour la cueillette des fillettes en mal d’aiguillette de jeunes viandes juteuses. Elles ne savent pas encore que ces aiguillettes de garçon en jeune croissance finiront tôt ou tard, du moins pour certains, portant ce que les Anglais appelle « aiguillettes » et que nous appelons « fourragères » que l’on accroche aux épaules des bœufs qui se paradent en uniformes pour les fêtes de village en soufflant dans des cornets, des trompettes ou des pistons, en sachant que ce sont toujours les pistons qui font marcher la machine, du moins Place de la République, si j’en crois les Shadoks. Quand j’étais chasseur mécanisé je devais porter la fourragère de la légion d’honneur, toute rouge bien carminé et pourpre.

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Notons en passant que Daniel Mesguich adore le mot pourpre pour les deux bégaiements qu’il contient avec la bilabiale sourde du pépé, papa, pipi, panpan, popo, pupu, et avec la spirante uvulaire embrassant à pleine bouche la seconde bilabiale sourde par devant et par derrière. Comme quoi le bégaiement peut être sexy et même sensiblement érotique. On est vraiment au plus profond de La Merlusse.

Et dire que tout cela est en partie du moins dans Le Matrimoine d’Hervé Bazin. Certes un peu moins développé, mais tout à fait prégnant, et cela vous donne l’impression que vous n’êtes en définitive que la descendance qui pousse comme une érection dans cette éructation de mots bisyllabiques bégayant comme toutes les meuh meuh dans les paquages des Hautes Chaumes du côté je chez Job.

Et tous les Naf-Nafs du monde peuvent s’en aller proutprouter dans les ruelles sombres. Et vous pouvez toujours porter le pêtpêt et prétendre que cela n’est pas bon pour le climat, vous savez gaz à effet de serre, mais les nanas aiment bien Naf-Naf, ce prêt-à-porter pas trop cher qui attire les naïfs et les niais d’un seul coup d’œil, avec en plus des souliers de chez le Dédé, vous savez le chasseur sachant chasser sans son chien, ou est-ce plutôt le chausseur sachant chausser sans gêne, sans scrupules et sans gluten. Il nous faudra un jour réécrire la Bible tout entière en bisyllabes bégayants, en cuculien comme dirait Hervé Bazin. Je me demande si cela ne pourrait pas être appelé des mantras bibliques. Imaginez des grenouilles — y’en a une à La Merlusse qui porte le nom et joue à la pythie prophétique ou est-ce la prophétesse typique ou pythagorienne — de bénitiers récitant en boucle des mantras bisyllabiques rédupliqués.

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« Toi-tu non-non pas-pas panpan tuer — Moi-je non-non gang-bang nana mariée — Vous-nous non-non fric-frac faucher. » (Exodus 20:13–15)

Dans notre digne société il n’y a que deux types de bégayeurs, avec un troisième type en catimini.

D’abord les Bobos Blingbling qui n’ont rien à voir avec les « Maman Bobo Panpan Cucul », ni « Papa Boulot Graillot Dodo », et pourtant souvent c’est bien tout ce qu’ils mériteraient, un bon « Panpan Cucul Braillot Dodo », mais on — qui n’est pas un c#$ malgré ce qu’#$ nous rac#$te sur s#$ c#$pte — nous dit que les châtiments corporels sont interdits dans la bonne société, sauf comme jeux érotiques, si possible publics, collectifs et échangistes, en un mot covoiturés (voyez la Wendy de La Merlusse). Les Romains, comme les Valenciennois d’ailleurs, appelaient cela des fêtes bachiques et en latin ce ne sont que des « orgia ». Ils sont, ces bobos, plutôt BOF, vous savez « beurre ou fromage », peut-être même « Blut und Frischkäse », ou encore « bloody old friend », car bien sûr ils se targuent de parler des langues étrangères. « Mondele makasi ! » comme disait mon ami Pierre Ngeyitala à Kinshasa. Cela veut dire « Les blancs, ils sont forts », et je n’ai jamais compris pourquoi cela faisait rire les Congolais quand je disais « Mondele makasi ! » Ce devait être mon accent. Du moins si j’en crois Alain Mourlevat.

Jacques COULARDEAU

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De guingois c’est plus tendance…

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Dr Jacques COULARDEAU, PhD in Germanic Linguistics (University Lille III) and ESP Teaching (University Bordeaux II) has been teaching all types of ESP

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